Aider sans se brûler

Aider sans se brûler

Aider sans se brûler

Pour prévenir l’épuisement et l’usure de compassion

 

Cet article a été publié dans la revue Sexologie Actuelle, publication officielle de l’Association des sexologues du Québec, Vol. XIX, No.2, Printemps-Été 2011.

 

En novembre dernier (2010), j’ai présenté un atelier de formation dans le cadre des ateliers de formation continue de l’Association des sexologues du Québec. Ce texte présente la partie théorique de cette activité de formation. Sans remplacer les apports de cette journée où on échange, où on évalue son niveau de risque et où on se bâtit un plan d’immunisation personnalisé, ce texte permettra, je le souhaite, d’amorcer une réflexion personnelle au sujet de sa propre santé psychologique et de sa façon d’en prendre soin.

Intervenant : Un métier à risque élevé

Plusieurs professions ou métiers sont reconnus pour comporter des risques.  Lorsqu’on parle de « métier à risque », on fait habituellement référence à la sécurité physique. La majorité des gens pensent aux pompiers, policiers, soldats, mineurs, pilotes de course, etc. On ne pense pas d’emblée aux sexologues, psychologues, travailleurs sociaux, infirmières, etc. Pourtant, être intervenant est un métier à très haut risque. Le risque concerne ici la santé psychologique. On ne peut être quotidiennement exposé à des drames humains et être constamment en position de « donneur » sans mettre son équilibre à l’épreuve!

Lorsqu’on connaît les risques auxquels on s’expose, on peut s’en protéger. Le monteur de ligne sait qu’en grimpant dans une structure, il risque la chute. Il utilisera un harnais pour se protéger. Le pompier sait qu’en répondant à un appel d’incendie il risque de subir des brûlures. Il utilisera une combinaison et des accessoires visant à le protéger. Lorsque le risque est physique, il nous paraît plus évident. Chez les intervenants, le risque est psychologique. Tout comme un gaz inodore et incolore, il est plus difficile à identifier. On peut donc moins facilement s’en protéger et plus facilement le nier. Évidemment, lorsqu’un risque est bien réel, qu’il soit invisible à l’œil ou nié, il demeure un risque et fera ses ravages si on ne s’en préoccupe pas. Qu’est-ce qui est donc si risqué lorsqu’on adopte un rôle d’intervenant?

Une exposition constante à des drames et à la souffrance humaine

On ne peut entendre des histoires dramatiques et voir la souffrance qu’elles engendrent chez les personnes qui nous consultent sans réagir. On peut être triste devant le deuil qui afflige la mère qui a perdu son fils. On peut être enragé face aux violences qu’un père a fait subir à un client. Quoi qu’on en pense, on ne peut demeurer de glace devant les histoires dont on est témoin chaque jour. Plusieurs croient qu’un bon intervenant arrive à ne pas se laisser atteindre par les souffrances qu’il rencontre dans son bureau. À mon sens, c’est l’intervenant qui sait évacuer ces réactions qui opte pour le choix le plus sain.  Sain pour sa clientèle mais aussi pour son équilibre psychologique. Celui qui n’effectue pas cette évacuation s’expose à l’usure de compassion.

Nous verrons plus loin en quoi consiste l’usure et comment s’en protéger. Disons pour l’instant qu’être usé, c’est se retrouver plein d’émotions. L’exposition constante à la souffrance génère des réactions émotives à l’intérieur de soi, et à ce point précis se présente le risque de les contrôler et de les empiler en soi. C’est ce qui mène à l’usure.

Être continuellement dans un rôle de « donneur »

En adoptant le rôle d’aidant, on accepte d’être en relation avec une personne et d’utiliser ses ressources pour l’amener, d’une façon ou d’une autre, à résoudre la difficulté qu’elle rencontre. On lui vend écoute, soutien et assistance. Pour le donneur, c’est une perte énergétique qu’il faudra compenser pour demeurer en équilibre. On ne peut donner plus qu’on reçoit sans se retrouver en déficit. Bien que le don de soi puisse être valorisé par plusieurs, le déficit qui en résulte est inévitable. Le montant d’argent remis en échange de ces services pourrait être consacré à recevoir des soins ou la nourriture affective (écoute, attention, soutien, considération, etc.)  qui rétablirait

l’équilibre mais ce n’est pas souvent le cas. Dans le cadre de son travail, l’intervenant donne donc plus qu’il reçoit mais pour plusieurs, le « don de soi » ne s’arrête pas là. On entend parfois l’expression « déformation professionnelle ». Les intervenants ne sont pas à l’abri de ce type de déformation! Ayant porté son attention sur les autres toute la journée, on oublie parfois de retourner cette attention vers soi quand on quitte le travail. La retourner vers soi pour mesurer le déséquilibre, identifier les besoins et se mobiliser pour y répondre.

Nous verrons plus loin en quoi consiste l’épuisement et comment s’en protéger. Disons pour l’instant qu’être épuisé, c’est se retrouver vidé d’énergie. Après chaque don de soi se présente le risque de ne pas rétablir l’équilibre. Celui qui donne plus qu’il ne reçoit se retrouvera naturellement vidé d’énergie. C’est ce qui mène à l’épuisement.

Les humains ont des besoins

Les intervenants sont des humains 

Une compréhension des besoins psychologiques permet de mieux saisir ce qui se joue dans les processus qui mènent à l’usure et à l’épuisement. Ce sont en effet de nos besoins fondamentaux dont il s’agit. Le rôle d’aidant ne peut certainement pas permettre de transcender ces besoins. Derrière le costume d’aidant se trouve un humain qui a des besoins.

Lorsqu’on parle de besoins vitaux chez les humains, on pense souvent d’abord aux besoins suivants : se nourrir, boire, se reposer, se tenir au chaud, évacuer ses déchets. Il s’agit de nos besoins physiques, notre vitalité physique dépend de la façon dont on répond à ces besoins. Psychologiquement aussi nous avons des besoins vitaux. Ils ne sont pas qu’importants, ils sont essentiels. C’est notre vitalité psychologique qui en dépend.  Lorsqu’on les néglige, notre état se détériore.  D’abord, un sentiment d’insatisfaction s’installe. Si on ne prend pas le temps d’identifier ce besoin et d’y répondre, ce sentiment s’étendra et se transformera en une insatisfaction générale, il prendra toute la place. Si malgré cela on ne s’en occupe pas, les symptômes apparaissent et s’intensifieront tant que le déficit durera. Quels sont donc ces besoins auxquels il est essentiel de répondre pour notre bien-être psychologique?

Les humains ont besoin de nourriture affective

Pour se nourrir, il est nécessaire d’avoir des relations nourrissantes. Et ce ne sont pas toutes les relations qui le sont. Tout comme ce ne sont pas tous les aliments qui sont nourrissants physiquement! On sait que les aliments, pour être nutritifs, doivent contenir des vitamines, des minéraux, des protéines, etc. Que faut-il donc aux relations pour être affectivement nutritives?

Les relations nourrissantes sont celles où il y a de l’écoute, de l’attention, des contacts physiques affectueux, du respect et de la considération. On retrouve ici plusieurs des éléments que l’on offre dans nos services de consultation. On ne peut cependant demander à une personne de nous offrir l’équivalent de ce que l’on vend au travail. C’est habituellement beaucoup plus que ce qu’un humain peut offrir dans une relation égalitaire. C’est pourquoi on a intérêt, lorsqu’on est intervenant, à développer un réseau où on a plusieurs relations où on peut se nourrir. Une personne qui miserait sur une seule relation pourrait recevoir comme feedback de l’autre qu’elle est trop exigeante en relation. En fait, ce n’est pas la grandeur de son besoin qui est inadéquat, si l’on tient compte du rôle de donneur qu’elle adopte au travail, mais le fait de demander à une seule personne de combler ce déséquilibre. On verra aussi plus loin comment on peut renouveler ses énergies autrement qu’en se nourrissant de ses relations affectives.

Les humains ont besoin de repos psychologique

Pour répondre à son besoin de repos, deux tâches sont nécessaires : s’arrêter et renouveler ses énergies. Physiquement, on doit arrêter la demande d’énergie en s’immobilisant et renouveler ses énergies en dormant. Psychologiquement, on doit arrêter la demande d’énergie en évitant d’être en contact avec la souffrance humaine. Après une dure journée d’intervention, ce n’est peut-être pas le bon moment pour écouter les nouvelles! Ce n’est pas non plus une bonne idée d’aller souper avec une amie qui a besoin d’écoute et de réconfort. Ce serait peut-être une bonne idée pour l’amie mais certainement pas pour l’humain sous le costume d’aidant!

Après avoir coupé le contact avec la souffrance humaine, il reste la deuxième tâche pour accéder au repos : renouveler son énergie. Toute activité qui permet de s’amuser, jouer et avoir du plaisir permet de faire le plein d’énergie. Un autre type d’activité permet de renouveler ses énergies : c’est ce que j’appelle le ressourcement. Il s’agit d’activités en lien avec l’art, la nature ou la spiritualité. Cela peut être la chanson, l’écriture, la peinture, la marche en forêt ou sur le bord de la mer, le yoga, la méditation et j’en passe. Pour être considérée comme un ressourcement, une activité doit permettre plus que de se changer les idées. Une activité permet de se ressourcer lorsqu’elle donne accès à un gain d’énergie.

Les humains ont besoin d’évacuer leurs réactions émotives

Une émotion qui n’est pas exprimée s’imprime en soi. Tous les humains ont un entrepôt à émotions. Un lieu en soi où loger les émotions non exprimées. C’est l’endroit où on met les réactions à ses clients pour préserver la relation thérapeutique, l’endroit où on met les réactions qu’on choisit de taire. C’est essentiel d’avoir cette capacité de contenir certaines réactions. On ne pourrait être continuellement en réaction ouvertement. Et puis, toute émotion n’est pas bonne à exprimer. Les émotions sont des informations intimes sur l’état de nos besoins et de nos limites. Elles sont d’abord des informations pour soi et n’ont pas toutes à être exprimées à l’autre. Toutes les émotions qu’on a choisi de taire depuis le début de notre vie sont entreposées en soi.

Pour être utilisable et efficace, cet entrepôt a besoin d’espace. Lorsqu’il est plein, il requiert toute notre énergie émotive pour le contenir. Même si on arrête d’ajouter des émotions à l’entrepôt, il demande toujours de plus en plus d’énergie pour être contenu. Notre organisme fait alors des prêts d’énergie. Il emprunte de l’énergie physique ou encore cognitive. Lorsqu’il emprunte de l’énergie physique, on se retrouve avec des symptômes particuliers : une fatigue que le repos ne fait pas disparaître et un système immunitaire moins efficace. Lorsqu’il emprunte de l’énergie cognitive, on se retrouve avec une difficulté de concentration, une mémoire défaillante, de l’insomnie particulière que j’appelle « l’insomnie du petit hamster »; une insomnie où une liste infinie de préoccupations défile dans notre tête. Ces symptômes apparaissent lorsqu’on omet d’évacuer nos réactions émotives et que notre entrepôt est plein.

L’évacuation des réactions émotives est différente de l’expression des émotions à l’intérieur d’une relation. Pour « évacuer » nos réactions, il est nécessaire de les exprimer à haute voix en s’adressant à la personne concernée, sans qu’elle soit présente. C’est une expression sans censure, sans tenir compte des règles habituelles d’expression saine qu’on considérerait si on s’adressait réellement à une personne.

Certaines personnes croient que de le faire par écrit ou dans leur tête est suffisant. Mon expérience me montre que ce n’est pas le cas. En effet, cela soulage d’une certaine tension momentanément mais je constate que la réaction demeure vivante chez la personne et peut être réactivée. Pour poursuivre les comparaisons avec le corps physique, c’est l’équivalent d’un gaz plutôt que d’une évacuation des déchets. Cela soulage momentanément la tension sans satisfaire le besoin essentiel. S’exprimer à une tierce personne fait le même effet, cela soulage momentanément seulement. La réaction émotive ne semble pas s’évacuer réellement lorsqu’on s’y prend de cette façon. Il est essentiel, pour obtenir l’effet escompté d’une évacuation réelle, de s’adresser directement à la personne concernée sans qu’elle soit présente. On pourrait, par exemple, s’adresser à une chaise vide.

Si on a tendance depuis longtemps à entreposer ses émotions, il y en a évidemment plus à évacuer. On risque alors de réagir plus fortement à certaines situations, celles en fait qui nous rappellent d’autres situations où on a entreposé des réactions. Ce sont ces dernières qui sont alors réactivées. Une image qui représente bien cette idée est celle d’un champ de mines. On pourrait comparer chaque émotion entreposée comme une mine antipersonnel. Chaque fois qu’on met le pied dans une situation similaire, la mine explose. Devant une telle réaction, plusieurs diront qu’ils ont des réactions inappropriées, qu’ils réagissent trop. De mon point de vue, c’est plutôt une belle occasion d’évacuer une réaction qui a jadis été entreposée et qui est réactivée par cette situation similaire.

Lorsqu’une personne se retrouve avec un entrepôt plein, en Auto-développement, on nomme ce syndrome « usure de contention ». La personne se retrouve usée émotionnellement à force de contenir ses réactions émotives.

L’usure de compassion :  Être plein d’émotions

L’usure de compassion est le même phénomène que l’usure de contention dont il a été question ci-dessus. Cependant, l’usure de compassion concerne la rétention de réactions émotives générées dans un contexte de compassion. Les intervenants peuvent facilement se retrouver avec un entrepôt plein étant donné le nombre de situations dramatiques et de souffrances dont ils sont témoins et devant lesquelles ils taisent leurs réactions pour préserver la relation thérapeutique. Dans un texte poétique, la psychologue Michelle Larivey exprime ainsi ce que peut vivre un psychothérapeute : «Vos images me tranchent le cœur en lamelles vivantes et je n’ai aucun cri comme les vôtres pour le cicatriser. »[1] Ces réactions contenues s’accumulent même si la retenue demeure souvent le choix indiqué. Malgré ce qui est indiqué pour le rôle d’intervenant, l’évacuation est tout de même nécessaire pour l’humain sous ce costume.

L’intervenant qui omet d’évacuer régulièrement ces réactions risque de se retrouver usé avec les mêmes symptômes physiques et cognitifs qu’on vit lorsque son entrepôt d’émotions est plein. À cela, on ajoute les intrusions de pensées liées à ses clients dans sa vie privée. On réfléchit alors à la situation d’un client tout en faisant la vaisselle ou encore en s’endormant le soir.

Certains intervenants en viennent même à perdre complètement leur capacité de compassion. Ils n’arrivent plus à être touchés par la souffrance de leurs clients, ils semblent de plus en plus insensibles. Il s’agit en fait d’un mécanisme de protection. Étant donné que l’entrepôt est plein et qu’il est contre-indiqué de réagir, l’organisme semble s’engourdir pour ne pas générer de nouvelles réactions. C’est une tentative d’adaptation. Cependant, le résultat de cette adaptation, l’insensibilité, est plutôt incompatible avec le travail d’intervenant sans compter les difficultés qu’une telle insensibilité peut engendrer dans la vie personnelle.

Les ingrédients nécessaires

Pour souffrir d’usure, il est nécessaire d’être exposé à la souffrance humaine. Tout intervenant possède nécessairement ce premier ingrédient. Ce sont les ingrédients suivants qui discrimineront les intervenants qui pourront souffrir d’usure de ceux qui préserveront leur santé psychologique. Il s’agit de la façon dont ils traiteront les réactions émotives générées au contact de cette souffrance dont ils sont témoin.

D’abord, le fait de nier ou dévaloriser ses propres réactions, voilà la voie royale pour se diriger vers l’usure. Il s’agit par exemple de s’imposer le non-jugement des personnes qu’on aide, de s’interdire de réagir à ses clients ou à certains acteurs des histoires qu’on entend, d’associer sensibilité et faiblesse, ou encore de croire qu’un intervenant devrait être assez fort pour ne pas réagir. Évidemment, les nier ou les dévaloriser ne les empêche pas d’exister et de s’accumuler dans l’entrepôt qui finira inévitablement par devenir plein!

Enfin, même si on les reconnaît et leur accorde de la valeur, il reste encore un risque de se diriger vers l’usure. Évidemment, bien qu’on les accepte et les reconnaisse comme valables, on peut encore voir ces réactions s’accumuler. On emprunte la voie de l’usure lorsqu’on omet de ressentir et d’évacuer ses réactions. On peut, par exemple, retenir ses larmes ou respirer pour calmer sa colère lorsqu’on repense à un client ou à une histoire entendue. On peut juger, expliquer ou excuser ses réactions. On peut tenter de mettre ses blessures de côté pour mieux aider. On peut avoir honte de ses réactions et ne pas en parler. Toutes ces routes mènent vers l’usure de compassion.

Comment s’immuniser contre l’usure de compassion?

Bien que le risque d’usure soit grand chez l’aidant, on peut s’en protéger. On doit alors développer certaines habiletés :

  1. Limiter son exposition aux histoires dramatiques et à la souffrance humaine dans sa vie professionnelle mais aussi dans sa vie personnelle. Il ne s’agit pas de trouver le niveau maximal de souffrance à laquelle on peut être exposé mais plutôt de trouver un niveau confortable. Il s’agit ensuite de se retirer lorsque son confort est menacé.
  2. Reconnaître la valeur de ses réactions et les identifier. Il s’agit de reconnaître l’existence de ses réactions aux histoires et à la souffrance qu’on rencontre, de s’arrêter un moment pour diriger son attention vers ces réactions afin de les nommer.
  3. S’autoriser à ressentir ses réactions. Il s’agit de les ressentir sans les juger, les expliquer ou les excuser, de laisser leur intensité se déployer en soi, de laisser venir les images, les souvenirs et les liens librement, et finalement, de reconnaître ce qui est touché en soi.
  4. S’autoriser à exprimer ses réactions. Enfin, il s’agit de les exprimer à haute voix en s’adressant à la personne concernée sans qu’elle soit présente. Ces réactions peuvent s’adresser à un client, à un acteur d’une histoire entendue ou encore à une personne qui a joué un rôle dans notre propre histoire. C’est en ressentant ses réactions et en laissant les liens et les souvenirs émerger à ce moment qu’on peut parfois constater que c’est notre histoire qui se rejoue. Voilà une occasion d’évacuer les réactions qu’on avait, jadis, omis d’évacuer.

Toutes ces habiletés se développent par la pratique. C’est en s’entraînant qu’on développe une habileté. C’est la seule façon efficace de le faire!

L’épuisement :  Être vidé d’énergie

L’épuisement est un effondrement ou une fatigue extrême provenant d’une demande excessive d’énergie. Il est causé par un déséquilibre entre ce que la personne donne à autrui et ce qu’elle se procure comme nourriture affective, ressourcement et repos psychologique.  Évidemment, on se retrouve épuisé à donner plus qu’on se procure.

Les ingrédients nécessaires

Pour en arriver à s’épuiser, plusieurs ingrédients sont nécessaires. D’abord, on s’épuise à négliger la gestion de son énergie personnelle. Tolérer plus de dépenses que de gains d’énergie dans sa vie mène nécessairement à l’épuisement de ses ressources. À partir du moment où on constate qu’on accepte des relations non réciproques, où on s’oublie pour répondre aux demandes des autres, lorsqu’on a de la difficulté à faire des demandes pour soi et/ou à refuser celles des autres, lorsqu’il est difficile de recevoir, ou lorsqu’on néglige de se reposer psychologiquement et de se ressourcer, on se dirige vers l’épuisement de ses ressources.

Le risque de s’épuiser est d’autant plus grand si on ne se connaît pas bien. Méconnaître ses émotions, ses besoins et ses limites rend impossible la tâche de bien s’occuper de soi. On ne peut alors s’assurer qu’on ne donne pas trop et qu’on se nourrit suffisamment.

Pour s’épuiser, il faut aussi nier ses limites. On peut reconnaître qu’on nie ses limites lorsqu’on se croit indispensable à tout, lorsqu’on refuse son impuissance à aider tout le monde ou encore lorsqu’on s’acharne dans les situations d’impuissance. Essentiellement, il s’agit d’ignorer ses signaux de dépassement. L’organisme ne se laisse jamais abuser sans le signaler et chaque organisme a son propre système d’alarme.

Un dernier ingrédient est de tolérer un déficit dans ses besoins de nourriture affective et de repos psychologique. C’est là qu’on emplit nos coffres et qu’on régénère notre énergie psychologique. En donnant plus qu’on se procure sur ce plan, on se dirige tout droit vers l’épuisement.

Comment s’immuniser contre l’épuisement?

Heureusement, on peut mettre plusieurs choses en œuvre pour s’immuniser contre l’épuisement. Pour ce faire, on doit développer les habiletés suivantes :

  1. Assurer une saine gestion de son énergie personnelle. On doit s’assurer qu’il y ait suffisamment d’entrée d’énergie pour absorber les sorties sans épuiser ses ressources.  Il s’agit d’être à l’affût des entrées et des sorties afin de demeurer conscient du niveau de ressources encore disponible.
  2. Apprendre à se connaître. Pour bien prendre soin de soi, il est essentiel de bien se connaître. On y arrive en prenant le temps de s’arrêter pour se mettre à l’écoute de soi, en s’intéressant à ses propres réactions émotives pour enfin identifier ses besoins et ses limites propres.
  3. Écouter et respecter ses limites. Pour y arriver, il est nécessaire d’abord de s’arrêter régulièrement pour prendre de ses nouvelles. Ensuite, on doit découvrir ses propres signaux de dépassement, apprendre à les reconnaître, à identifier clairement ses limites et à les respecter.
  4. S’occuper de ses besoins affectifs et de son repos psychologique. Il s’agit de s’assurer d’entretenir des relations nourrissantes et de s’en nourrir, et de s’offrir un repos psychologique et du ressourcement lorsqu’on en a besoin

Comme il s’agit ici aussi d’habiletés, de savoir-faire, c’est aussi uniquement par l’entraînement qu’on arrive à les développer.

Les risques du métier : Les reconnaître pour s’en protéger!

En animant depuis plusieurs années un atelier de formation intitulé « Aider sans se brûler », j’ai rencontré des centaines d’intervenants et je ne peux que me rendre à l’évidence que les intervenants ne connaissent pas nécessairement les risques qu’ils courent chaque jour. Même si on a choisi un métier dont le risque est invisible à l’œil, ce risque est bel et bien réel. Je souhaite que cet article ait nourri une réflexion critique quant au risque qu’on prend chaque jour lorsqu’on est intervenant et que cette réflexion éveillera un désir de s’en protéger, chacun à sa façon. En tolérant des déficits sur le plan de ses besoins psychologiques – le besoin d’évacuation dans le cas de l’usure, et les besoins de nourriture affective et de repos psychologique dans le cas de l’épuisement –, c’est son équilibre et sa santé psychologique que l’intervenant joue chaque jour au nom de l’équilibre et de la santé psychologique de ses clients. Il ne s’agit pas de ne penser qu’à soi mais plutôt de penser AUSSI à soi en rétablissant l’équilibre bousculé par le don de soi dont on fait preuve dans son costume d’aidant.

 

Médiagraphie

GARNEAU, Jean. Le burnout (L’épuisement professionnel) : Prévention et solutions.  Montréal : Coffragants, coll. La lettre du Psy, 2003, 75 min.  [CD Audio] [http://www.redpsy.com/editions/burn.html], (page consultée le 13 mars 2011).

GARNEAU, Jean. « Le burnout assuré : Ingrédients et solutions ».  In GARNEAU, Jean et Michelle Larivey avec les collaborations de Gaëtane La Plante, Karène Larocque et Bruno Roberge. L’enfer de la fuite : Comment en revenir plus fort. Montréal : ReD éditeur, 2002. La lettre du Psy. ISBN 2-921693-57-7.

LARIVEY, Michelle. 2000. « Le guide des émotions : La fatigue ». In Ressources en développement. En ligne. [http://www.redpsy.com/guide/fatigue.html], (page consultée le 13 mars 2011).

LARIVEY, Michelle. « Cœur Rauque ». In Ravage et… délivrance : Poèmes humanistes. Montréal : ReD éditeur, 2000.

LEFEBVRE, Danièle. 2004 « Le burn-out ou l’épuisement professionnel des soignants ». Primary Care : Développement professionnel continu, vol. 4, no 46, p. 914-916. En ligne. [http://www.primary-care.ch/pdf/2004/2004-46/2004-46-168.PDF], (page consultée le 13 mars 2011).

[1] Michelle Larivey, « Cœur rauque » dans Ravage et… délivrance, Montréal, ReD Éditeur, 2000, p. 26.

Atelier de formation : Aider sans se brûler

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  • La population générale : Épuisement, usure, déprime et stress

 

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Comments

  1. Reply

    Merci pour ce beau texte, très pertinent ! C’est exactement ce que je vis et ce qui y est écrit me sera utile. Je suis travailleuse sociale en Centre Jeunesse. Il serait tellement pertinent que votre texte ou qu’une formation sur le sujet soit donnée dans le cadre de notre formation ou par notre employeur.

    • Reply

      Bonjour Isabelle, merci de votre commentaire! 🙂 Pour ce qui est de la formation, vous pouvez imprimer le descriptif de la formation (lien ci-dessus) et le présenter à votre employeur en appui à votre demande. Il pourra ensuite communiquer avec moi. Pour ce qui est de ce texte, vous pouvez le partager sans modération! 😉

  2. Reply

    Je suis intéressée à recevoir les informations et les informations concernant les conférences
    Merci

    • Reply

      Bonjour Françoise, il vous suffit de vous abonner à mon Infolettre Pour ne rien manquer! Vous n’avez qu’à inscrire votre courriel et à cliquer « Inscription » en haut de cette page dans la colonne de droite! 🙂

  3. Reply

    Merci beaucoup

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